25 mars, 2009

L'affaire Tarnac, ou les dérives du sarkozisme ultrasécuritaire

Julien Coupat, 34 ans, est retenu en détention à la prison de la Santé, à Paris, depuis maintenant plusieurs mois. Son crime : rien de moins que la direction d'un groupe terroriste, bien décidé à s'attaquer aux fondements de l'État de droit français, c'est-à-dire le TGV. Le juge en charge de l'enquête concernant cette affaire reconnaît bien volontiers son embarras : il ne possède aucune preuve tangible de la culpabilité de Julien Coupat. Il ne fait cependant aucun doute que cet individu est un criminel de la pire espèce, puisqu'il pousse le vice jusqu'à se refuser l'usage du téléphone portable, ce symbole de la civilisation et de la liberté individuelle. L'incarcération de Julien Coupat est symptomatique de deux tendances extrêmement préoccupantes du gouvernement Sarkozy, à savoir la paranoïa sécuritaire (qui justifie le déploiement d'un commando du GIGN pour neutraliser un petit groupe de jeunes intellectuels anarchisants) et la répression de tout discours politico-philosophique qui s'écarte de l'autoroute de la bien-pensance néo-libérale. Il parait inutile de préciser que le maintien en détention de Julien Coupat (qui, rappelons le, n'a tué personne) se fait au mépris des dispositions les plus élémentaires du droit français en matière de présomption d'innocence. Certainement le prix à payer pour préserver ce pilier de la liberté de circulation que constitue le TGV.

24 mars, 2009

De l'incohérence du dogme lefebvriste

M. Ratzinger, 265e et actuel souverain pontife de l'Église romaine, a décidé la levée de l'excommunication de 4 évêques intégristes de la communauté schismatique FSSPX.
Les membres de cette communauté rejettent les orientations progressistes du Concile de Vatican II, parmi lesquelles la reconnaissance de la légitimité, voire de la nécessité d'un dialogue inter-religieux. Ce rejet n'est pas seulement la preuve d'une intolérance des plus extrêmes ; il constitue, de manière peut-être plus essentielle, une marque de la profonde incohérence de cette communauté en matière de rapport à la foi.
Le fait religieux, dans sa dimension individuelle, relève d'un sentiment profondément personnel. Croire, c'est éprouver, au plus profond de soi, l'évidence religieuse, c'est ressentir comme une nécessité l'existence d'un être absolu que l'on nomme Dieu. La foi ne peut être contrainte ; dans le domaine de la croyance religieuse, l'injonction ne saurait produire ses effets. Il est vain de vouloir "raisonner" un croyant, de la même manière qu'il est vain de vouloir "persuader" un athée. Nier la "validité" de la foi de quelqu'un d'autre, refuser le dialogue avec les autres religions sous le fallacieux prétexte d'un prétendu monopole de la foi légitime, c'est véritablement se méprendre sur la vraie nature de la foi. La foi n'est pas conformation de ses pensées et de ses espoirs à un dogme arbitraire, elle n'est pas soumission à un ensemble de préceptes creux et vides de sens. Le refus du dialogue inter-religieux n'est rien d'autre que la négation de la subjectivité profonde de la véritable foi, négation de l'idée même d'une foi véritablement intime et personnelle. Nier la foi de l'autre, c'est donc nécessairement nier simultanément sa propre foi, ou tout du moins la ramener à un processus d'adhésion impersonnel et irréfléchi.
Le refus du dialogue inter-religieux est ainsi la marque d'une profonde incohérence des extrémismes en tous genres, lesquels relèvent davantage de l'idéologie haineuse la plus primaire et la plus méprisable que de la véritable religion.

Incipit

ESTRAGON. - En attendant, essayons de converser sans nous exalter, puisque nous sommes incapables de nous taire.
VLADIMIR. - C'est vrai, nous sommes intarissables.
ESTRAGON. - C'est pour ne pas penser.
VLADIMIR. - Nous avons des excuses.
ESTRAGON. - C'est pour ne pas entendre.
VLADIMIR. - Nous avons nos raisons.
ESTRAGON. - Toutes les voix mortes.
VLADIMIR. - ça fait un bruit d'ailes.
ESTRAGON. - De feuilles.
VLADIMIR. - De sable.
ESTRAGON. - De feuilles.
Silence.


Samuel Beckett, En attendant Godot, Acte deuxième.